Maison Eymonaud et Hôtel de l’Escalopier

Maison Eymonaud et Hôtel de l’Escalopier.

À proximité de la rue Lepic, au fond de le la petite impasse Marie-Blanche qui prolonge la rue Constance, se dresse une étrange maison néo-gothique dans le style “troubadour” dont le décor rappelle l’ornementation des hôtels de Cluny et de Sens.

C’est la maison Eymonaud construite en 1882, plus connue sous le nom d’ Hôtel de l’Escalopier qui fut le premier édifice bâti en ce lieu en 1835 puis détruit en 1882.

Ce décor inattendu, tout près du cimetière de Montmartre, représente le seul vestige d’une demeure somptueuse et originale, l’hôtel de l’Escalopier.

La maison Eymonaud :
La maison Eymonaud a été construite entre 1892 et 1897 par l’architecte Joseph-Charles Guirard de Montarnal pour Ernest Eymonaud, un antiquaire spécialisé dans les décors médiévaux.

En 1900, la maison a été allongée vers l’ouest, puis on lui a ajouté une aile en retour en 1910 avec des éléments en pans de bois. Cette aile servait pour l’atelier « À l’art ancien » d’Ernest Eymonaud. C’est là qu’il restaurait des meubles anciens et réalisait des copies qu’il présentait au public dans une salle d’exposition.

L’architecte a réutilisé probablement des éléments provenants de l’hôtel de l’Escalopier puisque Ernest Eymonaud a pu acheter des sculptures avant sa démolition pour les intégrer à la nouvelle construction.

Le décor et les emprunts au gothique y sont foisonnants : poivrière, lucarne gothique, fenêtres à meneaux garnies de vitraux, pans de bois, personnages médiévaux et singes en bois sculptés, porte Renaissance abondamment décorée… L’ensemble est tout à fait pittoresque. En plus de sa décoration néo-gothique, la maison comprend une tour de deux étages qui en fait un bâtiment original au pied de Montmartre.

La maison Eymonaud est inscrite au titre des monuments historiques par l’arrêté du 14 septembre 1995 pour les façades et toitures de tous les bâtiments présents sur la parcelle cadastrale, la parcelle elle-même et plusieurs éléments intérieurs (rez-de-chaussée, premier étage et grand escalier du bâtiment principal).

L’Hôtel de l’Escalopier :
Le comte Marie-Joseph-Charles de l’Escalopier fit construire, en 1835, près de la barrière Blanche, une demeure originale qui correspondait exactement à “l’historicisme” à la mode sous le règne de Louis-Philippe, Roi des Français de juillet 1830 à février 1848.

Marie-Joseph-Charles de l’Escalopier, comme son nom l’indique, n’était pas un artisan boucher spécialiste de l’escalope mais peut-être un descendant des della Scala, prestigieuse famille originaire de Vérone en Italie dont la noblesse est attestée dès le XIIème siècle. Chassée par les Vénitiens la famille della Scala se réfugia à Paris et Piero della Scala prit pour devise “Renversé de fortune, il renversa son nom”.

C’est ainsi que della Scala serait devenu l’Escalopier.

Marie-Joseph-Charles de l’Escalopier était né le 9 avril 1812 au château de Liancourt près de Roye, dans la Somme. Issu d’une vieille famille qui s’était illustrée dans la noblesse de robe (présidents aux parlements, intendants, maîtres des requêtes…), le jeune Charles, très vite orphelin de père, fut élevé par sa mère qui lui donna le goût de la lecture.

Avec une telle ascendance, Charles fit de solides études au lycée Charlemagne afin de s’adonner à sa passion, l’archéologie.

Cette science nouvelle dans ses méthodes et ses doctrines lui permit, en de multiples circonstances, de montrer des dons remarquables. Ayant publié son premier livre à vingt-trois ans, la Société des Antiquaires de Picardie encouragea son talent exceptionnel et quatre ans plus tard, la Société des Antiquaires de France lui ouvrit ses portes.

Estimant que la bonne archéologie ne se faisait qu’à Paris et devenu collectionneur, il se fit construire un hôtel de style troubadour. Ce goût du “gothique retrouvé” reflétait les désirs de toute une partie de la société du règne de Louis-Philippe car la Révolution avait détruit une grande part du patrimoine historique de l’Ancien Régime, surtout les édifices religieux médiévaux.

Cet engouement pour le “gothique” se développa également avec la publication des romans historiques de l’écrivain écossais Walter Scott dont Ivanhoé (1819) et Quentin Durward (1823) connurent un vif succès.

L’hôtel de l’Escalopier constituait un des plus étonnants témoignages de ce style “troubadour” qui connut son apogée avec la restauration du château de Pierrefonds par Viollet-le-Duc en 1857. Pour se faire une idée de ce style “troubadour” aujourd’hui on peut voir dans Paris le premier hôtel particulier de la Païva qui se dresse toujours place Saint-Georges ainsi que des maisons de rapport place Jussieu et au début de la rue Rambuteau.
Des documents d’archives nous montrent la façade est de l’Hôtel de l’Escalopier : corps de bâtiment massif, tour ronde crénelée et tourelle à clochetons.

L’ Annuaire de Paris et de ses environs de Leblanc de Ferrière nous permet de se faire une idée plus précise de l’Hôtel de l’Escalopier par sa description précise : “la façade sur la cour présente une tour en saillie crénelée en son sommet ; à gauche un avant-corps carré, surmonté d’une terrasse et d’un balcon ; les formes et les ornementations de l’édifice sont dans le style du Bas Moyen Âge, des années 1450, règne de Louis XI ; l’es encadrements des ouvertures, le balcon, les clochetons et les culs-de-lampe sont d’un gothique plein de délicatesse et de goût dans le choix et la réalisation ; le cadre d’une fenêtre au rez-de-chaussée est une copie fidèle de la porte de Jeanne d’Arc à Domrémy ”.

Si Chardes de l’Escalopier fut à l’avant-garde de la mode pour son hôtel particulier en revanche pour son jardin il s’est plutôt montré héritier du modèle du XVIIIème siècle : son vaste jardin descendait en pente douce vers la barrière Blanche ; il avait fait installer une salle de gymnase et des serres tout à fait extraordinaires.

“ Contiguës au bâtiment, elles sont exposées vers le sud, sur une ligne de cent vingt pieds de long et de douze pieds de large ; elles sont construites en fer ; ornées de roches et de bassins elles sont chauffées à la vapeur et renferment une collection remarquable de végétaux à propriétés historiques, les plus rares et les plus précieuses. On y entre par le salon dont la glace sans tain au-dessus de la cheminée offre une vue sur ces serres au centre desquelles un pavillon, de vingt-huit pieds de haut avec des colonnes ornées de chapiteaux dorés, est consacré à la culture des bananiers. Les serres contiennent des bambous, des papayers, des arbres à pain, des cocotiers ; tous ces arbres sont en pleine terre. Dans la quatrième serre se trouvent les plantes qui exigent le plus de chaleur : orchidées, bois de santal, muscadier, cacaoyer, copayer, mangoustanier, mancenillier, vanille…”

Chez Charles de l’Escalopier son goût des plantes, hérité de Buffon, était lié à un goût très prononcé pour les livres. Un jour le second prima le premier ; les serres disparurent et furent remplacées par une bibliothèque. Celle-ci contenait environ cinq mille neuf cents volumes consacrés à l’archéologie et à la théologie. Charles de l’Escalopier avait également acquis des pièces d’orfèvrerie : bronzes, ivoires, émaux, bois sculptés, vitraux, miniatures, dont il fit une sorte de petit musée réservé à ses amis.

Pour se livrer à sa passion de l’érudition et pour mener plus facilement ses travaux savants, il s’était fait nommer conservateur à la bibliothèque de l’Arsenal qui était sous la direction de Charles Nodier.

Charles de l’Escalopier a publié en 1843 un ouvrage du moine Théophile, le Schedula diversum artium, traité du XIIe siècle donnant des renseignements sur les arts plastiques du Moyen Âge, texte en latin traduction en français enrichie de notes. Cela lui a valu de recevoir la Légion d’Honneur.

En 1859, à quarante-six ans, Charles de l’Escalopier tomba malade et dut observer un strict repos. Sa maison montmartroise n’offrant pas tout le confort nécessaire, il retourna dans sa propriété de Liancourt et légua ses collections à la ville d’Amiens, à sa mort, en 1861. Sa veuve conserva son hôtel parisien qui ne fut vendu et démoli qu’en 1882.

Quand vous vous rendrez au fond de l’impasse Marie-Blanche pour admirer l’étonnante maison Eymonaud vous pourrez découvrir quelques éléments d’architecture de l’Hôtel de l’Escalopier tant certaines sculptures semblent fines et soignées et rêver aux serres pleines de végétaux exotiques.

Jusqu’à nos jours, antiquaires et artistes ont occupé ces lieux, comme si l’on voulait conserver en paix l’âme du comte Marie-Joseph-Charles de l’Escalopier.

Jacques Bachellerie


La Gazette de Montmartre N°50

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